Jeudi 9 octobre 2008
                             

Mer Cerise, cœur crevé


Mer cerise ou cœur crevé qui le dira, qui l'entendra dans la cacophonie des machines ou le déluge des eaux d'en haut, d'en bas, et des cris, et du silence des os verdissants, jaunes d'or quand la clameur du soleil s'enfonce dans le sable. Crue, comme à l'étal, c'est une mer cerise où ne vont pas encore les libellules ni les oiseaux de mer ni même les oursins curieux d'une peau tendre à transpercer. On y sera arrivé sans doute trop tard. Trop tard… Et les méduses sont en allées, élégantes ô combien sous les lointaines banquises par dessus lesquelles rugit sans perdre une seconde un vent sempiternel à vous couper la vie au ras des yeux. Voilà des mers où vont les marins mortels et les rêves des enfants, bleues ou vertes, mais pas cerise, et celles-là jamais ne vous entendent, ni ne vous fuient, ni ne vous giflent ni ne vous roulent entre les rochers. A moins que … A moins que le corps fatigué par un si long voyage, apporté, emporté, balloté par un courant et puis un autre, à moins que ce corps fatigué ne s'en vienne à glisser, en bout de vague, sur la grève d'une mer cerise que boit le sable, ses crabes dansant la gigue et ses mouettes criant : Qui ? Qui ?
Alors la clameur du soleil viendra jaunir ces os verdissants qui ne sont plus personne, qui n'ont jamais été personne avant d'habiter cette étrange mer cerise qui n'était jusque-là visitée par personne.  
    
Par minimifa - Publié dans : Ecriture Ludique
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