J'envisage d'écrire une histoire de pure science-fiction
où tout se ferait par tirage au sort. Pas de lois dans ce monde évidemment imaginaire. Vous allez au travail si vous voulez – un robot fera aussi bien la tâche avec cet avantage qu'il ne
demandera pas une feuille de salaire – si vous préférez aller brûler des pneus chez le fleuriste du coin parce que vous détestez les fleurs, pas de problème. Vous rentrez tranquille
chez vous, à moins que sur votre lancée vous n'ayez une autre brillante idée. Vous pouvez tuer, voler, violer, cracher et atomiser autant qu'il vous plaît, rien ne bouge que les survivants qui
peuvent encore rentrer chez eux comme vous-même, tranquille.
En revanche, on tire au sort de temps en temps, un jour où il pleut, par exemple, ou un jour où le préposé n'a rien d'autre à faire, il tire au sort par voie informatique
– tout le monde dûment répertorié – un coupable. Plus exactement, le nom de celui ou celle qui sera le coupable désigné pour les derniers 236 ou 53 jours depuis le dernier tirage, selon
l'ardeur au travail du préposé. Pas de procès, bien sûr. La preuve informatique suffit : c'est bien votre nom qui a été tiré au sort. Le préposé peut évidemment, choisir le nom de son boucher qui
a fermé boutique cinq minutes trop tôt la veille, le privant ainsi de la grillade que ses papilles goûtaient déjà : il n'y aura ni plainte ni sanction, broutilles dont le nom même ne figure plus
dans les dictionnaires. Il va de soi que tout préposé peut être tiré au sort même pendant son service.
On sonne chez vous un matin, ou un soir, ou on vient vous chercher au bureau ou au cinéma. Vous êtes le coupable désigné par le dernier tirage. Vous partez comme vous
êtes, sans valise ni mouchoir ni chœur de pleureuses. Les témoins de la scène ne vous prêtent aucune attention, cela va sans dire : ils peuvent être tirés au sort le lendemain, cela s'est vu.
L'exécution est immédiate, par jet dans les égouts, du haut de la montagne, en travers des rails, etc… Aucune modalité n'est prescrite, aucune n'est proscrite.
Au niveau du gouvernement, c'est tout pareil. Le nom du président, ou du roi, le régime politique, la durée du mandat ou du règne, les Avis déterminant par exemple
l'heure de la baignade sur les plages ou celle de la distribution de bons points pour l'établissement désigné par tirage au sort comme le plus performant, tout est tiré au sort, et tout préposé
peut tricher si l'envie lui prend mais il faut dire que le cas est rarissime. En effet sur quoi l'être humain – et c'est le cas aussi du préposé - fonderait-il sa vie, ses valeurs et sa
fierté s'il ne trouvait, au moins une fois, le moment de dire : "Non, je ne ferai pas ça " ?
Petits mots en passant